La santé passe par la nourriture : comprendre la pleine valeur de l’alimentation dans les soins de santé

Le système de santé canadien fait actuellement face à de très grandes pressions. Le tsunami gris et le fardeau croissant découlant des maladies chroniques forcent la tenue d’une conversation au sujet de la prochaine grande innovation depuis le régime d’assurance-maladie. Selon le rapport Transforming Health de MaRS Market Insights, on passe actuellement de systèmes centralisés et hiérarchiques à de nouveaux modèles de soin qui sont intégrés, décentralisés et offrent un continuum de services axés sur le patient. Il est possible d’avoir une idée de l’avenir grâce à des innovations comme la télémédecine, les soins communautaires, les technologies prêt-à-porter qui appuient un mode de vie axé sur la prévention et l’utilisation de nouvelles technologies pour habiliter les patients au cœur du labyrinthe complexe qu’est le secteur de la santé.
 

Quelle sera la place de l’alimentation dans cet avenir?

Nourrir la santé a récemment sélectionné vingt-cinq innovateurs du domaine de l’alimentation dans les soins de santé pour participer à un programme de leadership d’une durée de deux ans. Le processus d’entrevues a permis de confirmer qu’il existe un bassin de gLe poète et agriculteur Wendell Berry a dit « manger est un acte agricole » ... Il est possible d’établir un parallèle avec l’alimentation institutionnelle et d’affirmer que nourrir les gens dans les établissements publics est un geste culturel.ens d’exception dans le secteur de la santé qui sont convaincus du besoin de modifier notre approche en matière d’alimentation. Vu le fardeau croissant créé par les maladies chroniques et la preuve que la malnutrition des patients peut prolonger le séjour de ces derniers à l’hôpital et accroître leur risque de réadmission, les professionnels du milieu de la santé se doivent de repenser le rôle de l’alimentation et de l’éducation nutritionnelle au sein du système.

Les vingt-cinq innovateurs ont comme objectif de trouver une orientation en réfléchissant à des questions complexes actuelles et en suggérant des moyens pour que les établissements puissent mettre en place des approches novatrices qui reconnaissent l’incidence de l’alimentation sur l’expérience du patient, la vitalité économique et le bien-être environnemental.

De l’archipel Haida Gwaii jusqu’à Gander, les vingt-cinq innovateurs ont comme objectif de trouver une orientation en réfléchissant à des questions complexes actuelles et en suggérant des moyens pour que les établissements puissent mettre en place des approches novatrices qui reconnaissent l’incidence de l’alimentation sur l’expérience du patient, la vitalité économique et le bien-être environnemental. L’alimentation pourrait-elle jouer un rôle de transformation dans le cadre d’une stratégie de prévention durable pouvant réduire les pressions sur un système de santé surchargé? Les professionnels de la santé pourraient-ils utiliser la nourriture pour adopter une approche axée davantage sur l’action et la prévention en matière de soins, comme ils l’ont fait dans le passé en menant des campagnes pour inciter les gens à cesser de fumer? Voilà certaines des questions fondamentales posées par la cohorte d’innovateurs dans le but de susciter une conversation nationale au sujet de la santé et de l’alimentation.

Sur le plan historique, la coupure entre l’alimentation et les soins reflète la perspective à court terme qui domine dans les soins actifs. On mesure en effet la nourriture à d’autres composantes des soins cliniques au moment d’élaborer des budgets, suggérant par exemple qu’un choix s’impose entre l’alimentation ou un nouvel appareil d’imagerie par résonance magnétique. L’accent mis sur les stratégies à court terme vient toutefois renforcer un cercle vicieux dans le cadre duquel on ignore le problème fondamental à la base d’un système inefficace et surchargé. Atténuer la maladie grâce à la nutrition et au mode de vie revient moins cher que traiter des maladies chroniques, celles-ci entraînant annuellement au Canada des coûts directs de 68 milliards de dollars dans le domaine de la santé et des coûts de 122 milliards de dollars en pertes de productivité. Malgré cela, nous continuons de maintenir une coupure entre l’alimentation et les soins, et d’accorder une faible priorité à celle‑ci alors même que les taux de maladies complexes, chroniques et liées au régime alimentaire ne cessent d’augmenter.

Il sera donc impossible de profiter de la pleine valeur de l’alimentation dans les soins de santé tant que les structures narratives du passé continueront de dominer, considérant la nourriture comme accessoire et distincte. Les gagnants de l’avenir, tant du point de vue des patients que des établissements, seront ceux qui s’efforceront de bien saisir les liens entre l’alimentation, la culture, la santé et les soins, et qui intégreront la nourriture comme stratégie de santé dans l’ensemble de leurs services.
 

Certains chefs de file du domaine de la santé ont déjà bien compris ces liens.

Kaiser Permanante, un fournisseur américain d’assurances et de soins de santé, a un incitatif de longue date qui l’a amené à bien saisir les occasions se rapportant à l’alimentation dans les soins de santé. L’entreprise a en effet adopté une mentalité d’établissement d’ancrage pour favoriser de meilleurs environnements alimentaires communautaires. Elle fait office de chef de file tant sur le plan de la recherche que de la pratique, étudiant la relation entre la résistance aux médicaments et l’utilisation d’antibiotiques sur le bétail. Elle a aussi posé des gestes au niveau de ses chaînes d’approvisionnement, s’engageant à acheter des aliments locaux, durables et sans antibiotique.

La cohorte Nourrir la santé fera et partagera ses propres liens dans le cadre du programme, qui inclura des dialogues, du mentorat et de la réalisation de projets. Les innovateurs francophones, anglophones et autochtones bénéficieront de l’appui d’un écosystème de partenaires, de conseillers et de mentors. Leurs expérimentations, leurs découvertes et leurs échecs seront communiqués sur ce blogue. Vous entendrez parler d’établissements de soins actifs, de soins à long terme et de soins prolongés complexes qui embrassent une approche collaborative de réseau en matière d’apprentissage et d’innovation. Parmi ceux‑ci, on trouve le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) situé à Ottawa et l’Hôpital Sainte‑Justine situé à Montréal, deux des premiers établissements canadiens à avoir eu recours à des modèles de service aux chambres. On trouve également Alberta Health Services, un chef de file des heures de repas sans dérangement, et le MenoYaWin Health Centre dans le nord de l’Ontario, qui a redéfini les soins de santé pour inclure des pratiques culturelles et des aliments traditionnels. Tout comme les autres membres de la cohorte, ces établissements sont représentés par une personne dévouée et influente qui pense que la culture alimentaire de son établissement peut être améliorée grâce à une approche collaborative de réseau en matière d’apprentissage et d’innovation.

Le moment que mes collègues et moi attendons maintenant avec le plus d’impatience est sans doute le moment où les vingt-cinq innovateurs se rencontreront pour la première fois à l’occasion d’une retraite organisée en février. Il s’agira alors d’une des premières convocation de sont genre pour des professionnels de l’alimentation dans les soins de santé au Canada. L’objectif sera de nous laisser de côté la mentalité « faire plus avec moins » pour donner libre cours à notre imagination et à nos talents en vue de redéfinir le potentiel alimentaire au sein des établissements. Pour la cohorte, l’objectif sera également de rencontrer des pairs qui commencent déjà à sortir des sentiers battus.

Le poète et agriculteur Wendell Berry a dit « manger est un acte agricole » ... Il est possible d’établir un parallèle avec l’alimentation institutionnelle et d’affirmer que nourrir les gens dans les établissements publics est un geste culturel.

Lorsqu’on considère l’étendue et la portée de l’impact que nos innovateurs pourraient avoir, représentant un secteur qui sert 35 millions de personnes et dépense annuellement bien au-delà de 200 milliards de dollars chaque année, il me vient à l’esprit une phrase qui a marqué le début de mon propre cheminement dans le domaine. Le poète et agriculteur Wendell Berry a dit « manger est un acte agricole » pour décrire l’impact des choix individuels sur l’alimentation et l’agriculture. Il est possible d’établir un parallèle avec l’alimentation institutionnelle et d’affirmer que nourrir les gens dans les établissements publics est un geste culturel. Cela peut servir de moteur pour obtenir des résultats agricoles, éducatifs et économiques qui façonneront les normes et valeurs de l’avenir canadien de l’alimentation et de la santé, et ce, pour des générations à venir.

Nous vous invitons donc à vous joindre à la cohorte pour repenser l’avenir de l’alimentation, qui, selon leur vision, semble des plus prometteurs.

Les vingt-cinq innovateurs, de l’archipel Haida Gwaii jusqu’à Gander.

Les vingt-cinq innovateurs, de l’archipel Haida Gwaii jusqu’à Gander.