Évènements Nourrir la santé à Montréal [5 et 6 septembre 2018]

Nourrir la santé vous propose deux évènements à Montréal consacrés à l’alimentation locale, biologique et durable dans les hôpitaux et les établissements de santé. Nous aurons la chance d’y accueillir des intervenants du Danemark, des États-Unis et du Canada. Pour en apprendre plus sur ces évènements et vous inscrire, continuez la lecture!

Évènement #1

Du bio local dans nos institutions : apprendre des modèles danois et américain

Mercredi 5 septembre, de 8h30 à 10h

Equiterre Event


Le 5 septembre 2018 à 8 h 30, la Maison du développement durable, en collaboration avec Équiterre et Nourrir la santé, présente le déjeuner-conférence Du bio local dans nos institutions : apprendre des modèles danois et américain.

Des établissements de santé, des écoles et des garderies s’approvisionnent au quotidien avec des aliments locaux et biologiques à Copenhague (Danemark) et aux États-Unis. Venez découvrir comment des institutions ont effectué cette transition et quels sont les principaux facteurs de succès.

À l’aide de courtes présentations, nous dresserons également un bref portrait du milieu institutionnel québécois, de l’état des lieux ainsi que des principaux leviers pour réaliser ce changement.

 
Animation

Colleen Thorpe, Directrice des programmes éducatifs, Équiterr


 
Conférenciers/conférencières

  • Beth Hunter, Directrice de projet de Nourrir la Santé, Fondation McConnell (présentation bilingue)
     
  • Dr. Jens Kondrup, Retired Senior Physician in Clinical Nutrition, Cophenhagen Hospital Corporation Danemark (présentation en anglais)
     
  • Skip Skivington, Vice President of Healthcare Continuity and Support Services, Kaiser Permanente (présentation en anglais)
     
  • Murielle Vrins, Chargée de projets, alimentation institutionnelle, Équiterre (présentation en français)
     

 

Évènement #2

Connecter l’alimentation et les soins de santé: exemples du Canada, des États-Unis et de Danemark

Jeudi 6 septembre, de midi à 13h30

St. Justine Event


Venez entendre des histoires inspirantes de changements transformateurs vers l’alimentation nourrissante et durable dans les hôpitaux au Canada, aux États-Unis et au Danemark.

L’événement aura lieu le jeudi 6 septembre de 12:00 pm à 13:30 pm, au CHU Ste. Justine3175 Chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal. SVP vous rendre au local A918 pour être dirigé vers la salle de conférence. Des questions? Contacter Sophie Tremblay 514-345-4931, poste 4609. 

Trois présentations seront suivies d’une période de discussion. Un léger repas sera servi, fourni par le CHUSJ, avec produits bio local à l'honneur!

Introduction et animation par Beth Hunter et Hayley Lapalme (Nourrir la santé / la Fondation McConnell)
 

Conférenciers/conférencières

Josée Lavoie (Présentation en français)
Chef de service des activités d'alimentation au CHU Sainte-Justine. Josée Lavoie est diététiste et chef des services d’alimentation du CHU Sainte-Justine à Montréal. De concert avec son équipe, elle a mené la transformation des services alimentaires vers le service aux chambres, leur valant deux prix au Concours DUX, et travaille actuellement à augmenter l’alimentation bio locale au menu.

Dr. Jens Kondrup (Présentation en anglais)
Médecin et Chef de la nutrition clinique (maintenant à la retraite), Copenhagen Hospital Corporation, Université de Copenhague, Danemark. Dr. Kondrup a été le fondateur et longtemps directeur de la Société danoise de nutrition clinique et a été activement impliqué dans l’organisme ‘Copenhagen House of Food” qui a réussi à augmenter l’approvisionnement des établissements en produits bio de 40% à 90% dans l’espace de quelques années.

Skip Skivington (Présentation en anglais)
Vice Président, Services de soins de santé continus et de soutien, Kaiser Permanente, États-Unis. Kaiser Permanente est un fournisseur de soins de santé à plus de 13 millions de personnes. Skip Skivington a supervisé une grande partie du travail novateur de Kaiser Permanente sur les aliments sains et durables dans les hôpitaux, y compris un engagement à acheter tous ses aliments localement ou auprès de fermes et de producteurs qui utilisent des pratiques durables et utilisent les antibiotiques de manière responsable d'ici 2025.

Cliquez ici pour voir les biographies complètes des conférenciers.

 

Nourrir la santé | Bulletin de juillet 2018: Qu'est-ce que l'alimentation saine dans le milieu de la santé?

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Bulletin de juillet

Redéfinir ce qu’est la « nourriture saine » dans les hôpitaux
Une conversation entre Joshna Maharaj, Diane Imrie et Janice Sorensen

Aborder la prévalence de la malnutrition dans les hôpitaux canadiens
par Cheryl Hsu, rédactrice, Nourrir la santé

Comment peut-on, en tant que nutritionnistes, apprendre de l’alimentation autochtone?
par Kelly Gordon, Six Nations Health Services

Il devrait y avoir plus de cours de nutrition dans les écoles de médecine
par Dre Margaret Rundle

Transformer les repas dans les hôpitaux du point de vue de la durabilité
par Allison Gacad, boursière Loran et chercheuse de Nourrir la santé, et Annie Marquez, CIUSSS

Redéfinir ce qu’est la « nourriture saine » dans les hôpitaux

Une conversation entre Joshna Maharaj, Diane Imrie et Janice Sorensen

La définition de ce qui constitue une nourriture « saine » est abondamment contestée dans le milieu de la santé et ailleurs. Nous avons donc réuni ici les différents points de vue de chefs et de nutritionnistes pour une conversation intéressante sur la manière dont les hôpitaux peuvent servir d’exemple pour redéfinir la façon dont la nourriture est produite, préparée et consommée, et ce, pour la santé des patient.es, des populations et de la planète.

 

Qu’entendez-vous par nourriture saine ou nourrissante?

« La nourriture est la façon dont nous recevons les nutriments de la terre. »
— Joshna Maharaj, chef et militante
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Un ami agriculteur m’a dit : « La nourriture est la façon dont nous recevons les nutriments de la terre. » Savoir que la terre est pleine de nutriments et que la nourriture est son mécanisme de livraison naturel a complètement changé ma façon d’approuver comment les gens mangent en tant que chef. Selon moi, l’alimentation saine consiste à s’éloigner du mot « sain », car cela évoque pour les gens un doigt réprobateur et sacrifier son plaisir au moment de manger. Il faut donc redéfinir et accroître les mesures que nous utilisons pour analyser notre nourriture. De la bonne nourriture doit être saine pour tous les gens concernés, y compris ceux et celles qui la cultivent et la cuisinent. Il faut également tenir compte de la distance qu’elle a parcourue pour se rendre à l’assiette.

« L’alimentation fait partie intégrante de la gestion de la santé publique et de l’avenir des soins de santé. »
— Diane Imrie, directrice des services de nutrition, University of Vermont Medical Center
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Au University of Vermont Medical Centre, nous voyons l’alimentation comme faisant partie intégrante de la gestion de la santé publique et de l’avenir des soins de santé. Nous tenons compte des effets de l’alimentation sur la santé des patient.es et du personnel, mais aussi sur la santé communautaire, climatique et agricole. Notre but est d’intégrer l’alimentation dans tout ce que nous offrons en tant qu’organisme et de créer un lien entre celle‑ci et notre mission, qui consiste à appuyer la santé de la population. Chaque année, nous établissons un plan qui inclut des priorités et nous le respectons.

« La nourriture n’est saine que lorsqu’elle est mangée. »
— Janice Sorensen, Instructeur de Nutrition & Gestion de Service Alimentaire au Collège Langara
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Il y a une différence entre manger sainement pour avoir des populations saines, ce qui élimine le risque de maladies chroniques ou liées à l’alimentation, et manger pour sa santé, ce qui fait partie du traitement des patient.es vulnérables en vue de leur guérison. Il ne faut pas oublier que la nourriture n’est saine que lorsqu’elle est mangée. Les patient.es sont motivé.es par divers facteurs en matière d’alimentation, ceux-ci allant du plaisir au confort, en passant par la facilité et le sentiment de satiété. Au moment de travailler avec des patient.es souffrant de malnutrition, les professionnel.les de la santé doivent par exemple les encourager à manger des aliments très riches en protéines et en calories, qui pourraient être vus comme de la malbouffe dans d’autres situations.

 

 

Comment décidez‑vous par où commencer dans le domaine de l’alimentation? Particulièrement lorsqu’il s’agit de trouver des complémentarités entre les besoins à court terme et à long terme des patient.es?

Janice : Les bons arguments doivent être mis de l’avant pour que l’alimentation dans les hôpitaux soit vue comme une partie essentielle des soins et non un coût opérationnel. Les conséquences des soins à court terme peuvent avoir des implications à long terme qui permettront de réaliser des économies dans un contexte clinique. Lorsque je suis allée vivre au Danemark en 2003, j’étais pleine d’enthousiasme, car le pays avait adopté la résolution du Conseil d’Europe qui faisait des soins nutritionnels dans les hôpitaux un droit fondamental. Cette résolution s’est avérée instrumentale pour obtenir les ressources adéquates permettant de faire de la nourriture un élément crucial du traitement et des soins en milieu hospitalier. Soudainement, les hôpitaux embauchaient des chefs et des services alimentaires de renom. C’est un travail qui peut être long et difficile, mais qui est possible grâce à l’élaboration de politiques et du militantisme.

Joshna : Il ne faut pas oublier que le changement ne se fait pas en une étape et qu’il existe plusieurs points d’entrée. Il s’agit de trouver le fruit dans le bas de la branche pour servir de la meilleure nourriture dans l’assiette des patient.es. Par exemple, s’il est impossible d’avoir une alimentation biologique, alors nous devons établir des partenariats avec des fermes coopératives. Au bout du compte, nous devons trouver le moyen de répartir le travail en plusieurs étapes et priorités. Ce qui importe est que tout le monde aille dans la même direction et que le processus soit orienté par les valeurs des gens impliqués.

Les bons arguments doivent être mis de l’avant pour que l’alimentation dans les hôpitaux soit vue comme une partie essentielle des soins et non un coût opérationnel.
— Janice Sorenson

 

Comment peut-on trouver un équilibre entre permettre aux patient.es de faire des choix et se fier à des expert.es pour prescrire ce qui est sain?  

Diane : Nous adoptons une approche très libérale en ce qui concerne les régimes et nous avons instauré le service aux chambres en 2006, ce qui a donné du pouvoir aux patient.es et permis de réduire le gaspillage de 20 %. Cependant, la libéralisation des régimes n’est pas toujours appuyée par ce que l’on qualifie de recherche scientifique. Par exemple, nous voulons être moins stricts par rapport aux régimes cardiaques, mais il se peut que les recommandations des associations pour la santé du cœur ne correspondent pas à notre désir de repenser nos lignes directrices.

Janice : Je trouve merveilleux de constater que les hôpitaux font passer le choix en premier et libéralise les régimes. Des preuves indiquent que les personnes qui suivent des régimes thérapeutiques stricts sont en réalité plus à risque de souffrir de malnutrition. Il importe de libéraliser les régimes pour que les gens aient l’abilité de choisir des mets qu’ils ont envie de manger en quantité suffisante à l’hôpital. Cela devrait avoir préséance sur le respect des lignes directrices alimentaires pour la santé cardiaque. Ces lignes directrices sont pensées pour des gens en santé et non pour un contexte de soins actifs, où l’important est que les patient.es mangent.

 

Comment peut-on encourager et accroître l’approvisionnement alimentaire durable dans les hôpitaux?

Joshna : Il peut être difficile de parler de durabilité dans le milieu de la santé, car il faut souvent se battre contre des accusations que l’alimentation durable est un luxe que l’hôpital ne peut pas se permettre. Toutefois, j’ai un petit exemple d’une grande victoire : j’ai découvert que de l’avoine biologique provenant d’un moulin local ne coûtait que quelques sous de plus que l’avoine Quaker vendue par Sysco. Mais quand nous avons commencé à acheter l’avoine biologique, l’équipe de production alimentaire nous a dit qu’elle était trop dense pour les patient.es. Nous avons communiqué avec le fournisseur pour lui parler du problème. Il a moulu l’avoine de nouveau pour obtenir un flocon plus fin. C’est la beauté de la relation humaine qui a rendu cette transaction possible. Elle n’aurait probablement pas été possible avec un.e fournisseur.euse de grande taille.

Diane : Il est impossible d’avancer avant de se demander où trouver de la valeur ajoutée et l’intégrer au système. Les établissements de santé possèdent de la crédibilité et suffisamment de ressources pour payer à l’avance ou offrir des prêts. Par exemple, nous voulions nous approvisionner en poulet biologique auprès d’une ferme, mais nous n’arrivions pas à nous entendre sur un prix qui convenait à tout le monde. Nous avons alors appris que la ferme ne manquait pas de liquidité à l’automne, mais qu’elle en manquait au printemps, soit le moment où elle achète ses poussins. Avoir plus de liquidité au printemps voulait dire pouvoir acheter des poussins à plus bas prix. Nous avons donc prêté 35 000 $ à cette ferme au printemps en échange d’un rabais de 2 ou 3 %, et elle nous a remboursé le prêt à la fin de l’automne. Il faut absolument être créatif au moment de gérer la chaîne d’approvisionnement. Que peut-on offrir à un.e fournisseur.euse pour l’aider à réduire les coûts et rendre la relation précieuse?

 

Que pensez-vous des hôpitaux qui prennent position quant à l’achat d’aliments biologiques ou de viande élevée sans antibiotiques?

Je n’ai aucune hésitation à affirmer que l’alimentation biologique représente actuellement notre priorité.
— Diane Imrie

Diane : Plusieurs articles circulent sur l’augmentation de la résistance aux antibiotiques dans les hôpitaux du pays, accompagnés de preuves sur les dépenses considérables que cela entraîne et les résultats néfastes pour les patient.es. Du côté de l’alimentation biologique, nous n’avons pas besoin d’aucune autre preuve montrant qu’elle est meilleure pour la santé que le fait que les pesticides ont des effets déplorables sur la santé des travailleurs agricoles qui les manipulent. Je n’ai aucune hésitation à affirmer que l’alimentation biologique représente actuellement notre priorité.

Joshna : La question du biologique revient souvent et j’ai mis la question du lait biologique à l’ordre du jour, surtout pour les enfants. Nous avons collaboré avec des laiteries locales et cerné des occasions d’économies d’échelle. Une chose peut en devenir une autre lorsque la priorité est collective. L’approvisionnement local est une de mes préoccupations, mais comme Diane, j’ai constaté que sur le plan local, les agriculteurs adoptent des principes de culture biologique. Les coûts pourraient donc être légitimement plus bas.

 

On reconnaît de plus en plus le besoin de servir des aliments culturellement appropriés aux personnes autochtones dans les établissements de santé. Un certain nombre des membres de notre cohorte servent d’importantes populations autochtones, que ce soient en milieu rural ou en région éloignée. Où en est votre réflexion sur la place des aliments traditionnels dans cette conversation sur l’alimentation saine?

Janice : Il s’agit encore un domaine d’apprentissage pour moi. Toutefois, je pense que cela renvoie clairement à la notion que la nourriture n’est saine que lorsqu’elle est mangée et nous comprenons bien l’importance de servir des aliments qui tiennent compte de la culture des patient.es.

Joshna : J’ai appris une bonne leçon en visitant Sioux Lookout. J’y ai découvert qu’un menu d’aliments prélevés dans la nature était offert à la population autochtone. Ils intègrent de la nourriture qui est chassée ou récoltée, et ils fournissent des recettes traditionnelles au personnel pour que ce dernier puisse préparer et servir cette nourriture. Voilà qui prouve qu’il est possible de bien servir les populations autochtones. Cela permet également de réfléchir à la manière dont ce concept pourrait être mis en application pour le reste des patient.es.

 

Avez-vous autre chose à dire à propos des questions cruciales sur lesquelles nous devons nous concentrer?

Janice : Il faut garder en tête que la nourriture n’est saine que lorsqu’elle est mangée. Traiter la malnutrition fait partie de la voie à suivre pour que l’alimentation soit considérée comme un élément important des soins de santé. 

Joshna : Il sera impossible d’observer les preuves du rôle de l’alimentation sur la guérison en utilisant les mesures traditionnelles. Nous devons être ouverts à la possibilité d’élargir les mesures se rapportant aux aliments nourrissants de manière à inclure le système alimentaire dans son ensemble.

Diane : Il ne faut pas sous-estimer l’importance d’embrasser la culture de l’alimentation au sein des établissements, même si le changement prend du temps. En tant qu’innovateurs et innovatrices, vous devez continuer à agir comme modèles afin que les décideurs aient quelque chose à endosser lorsque le changement se produira.

Nous devons être ouverts à la possibilité d’élargir les mesures se rapportant aux aliments nourrissants de manière à inclure le système alimentaire dans son ensemble.
— Joshna Maharaj

Joshna Maharaj est une chef et militante qui a travaillé dans trois contextes institutionnels différents : Sick Kids Hospital, Scarborough General Hospital et Ryerson University. Elle milite pour le rôle que les établissements peuvent jouer dans les systèmes alimentaires et elle se passionne pour les aliments frais, entiers et de saison.

Dre Janice Sorensen est nutritionniste et détient un doctorat en nutrition clinique. Elle enseigne actuellement dans le programme Nutrition & Food Service Management du Collège Langara à Vancouver et est coprésidente du groupe de travail sur l'alimentation dans les soins de santé du Groupe de travail canadien sur la malnutrition.

Diane Imrie est nutritionniste et directrice des services de nutrition au University of Vermont Medical Centre. UVMC a été l’un des premiers hôpitaux à signer la promesse « Healthy Food in Health Care » en 2006. Diane étudie activement le manque de connaissances sur la façon dont l’alimentation saine influe sur l’environnement.

Aborder la prévalence de la malnutrition dans les hôpitaux canadiens

Dre Karen Cross a un cabinet fort occupé de chirurgie plastique et reconstructive à l’hôpital St. Michael de Toronto. Elle se spécialise dans la guérison complexe de tissus. Des patient.es viennent la voir lorsque leurs plaies ne guérissent pas. Certain.es sont diabétiques et souffrent de blessures chroniques aux pieds. D’autres ont subi des blessures traumatiques et éprouvent des difficultés à se remettre de leurs chirurgies.

Les patient.es de Dre Cross sont pour la plupart en « meilleure santé » que la population générale de l’hôpital, puisqu’elle effectue des interventions chirurgicales non urgentes et que ses patient.es ont le temps d’évaluer les risques et avantages possibles. Malgré ça, certain.es étaient aux prises avec des plaies ouvertes depuis plusieurs mois (ou même des années) lorsqu’ils ou elles sont venu.es la voir pour la première fois. Elle s’est donc mise à soupçonner que ces plaies qui ne guérissaient pas reflétaient un problème plus profond : la malnutrition.

Dre Cross et son équipe de recherche, dirigée par Dre Julie Perry, ont entrepris de dépister le risque de malnutrition des patient.es de la clinique en utilisant un questionnaire conçu et validé par le Groupe de travail canadien sur la malnutrition. Les résultats étaient surprenants : une personne sur quatre était exposée à un risque de malnutrition, et une personne diabétique sur deux ayant des plaies aux pieds était exposée à un risque nutritionnel. Ces résultats étaient de nature urgente, étant donné qu’il est crucial d’identifier les patient.es souffrant de malnutrition avant la chirurgie. En effet, cette condition peut entraîner des complications post-opératoires graves et aggraver les plaies qui ne guérissent pas.

 

Voir et comprendre la malnutrition

« La nutrition doit être vue comme une partie intégrante de la santé et son dépistage comme essentiel. Évaluer le taux de malnutrition devrait se faire automatiquement, comme prendre la tension artérielle. Vous savez quoi faire et il existe un système de soins pour réagir. »
— Dre Heather Keller, présidente, Groupe de travail canadien sur la malnutrition

Nous savons qu’une bonne nutrition et la consommation d’aliments sains sont favorables à la santé, au bon fonctionnement des organes et à la guérison. Cependant, nous n’évaluons pas systématiquement l’état nutritionnel des patient.es qui sont admis.es dans les hôpitaux canadiens. Pourtant, la malnutrition entraîne des complications médicales et chirurgicales, ainsi que d’autres effets néfastes sur la santé. Le taux de mortalité des patient.es souffrant de malnutrition 30 jours après l’hospitalisation est six fois plus élevé que celui des patient.es ayant un bon état nutritionnel. Selon une étude nationale réalisée par le Groupe de travail canadien sur la malnutrition, 20 à 45 % des personnes admises à l’hôpital souffrent de malnutrition. La même étude a aussi révélé des coûts d’hospitalisation considérablement plus importants pour ces patient.es, vu des séjours prolongés et des taux de réadmission plus élevés. Si tel est le cas, des expert.es se demandent pourquoi la malnutrition n’est pas considérée comme une crise nationale qui doit être prise au sérieux dans le domaine de la santé.

Une des raisons découle de la fausse idée qu’ont les gens au sujet de la malnutrition et de ce à quoi elle ressemble. Il est possible que des gens mal nourris ne se voient pas comme tels. Par exemple, souffrir d’embonpoint ou d’obésité est une forme de malnutrition. On parle de malnutrition lorsque le corps n’obtient pas la bonne quantité de vitamines et de nutriments pour assurer le fonctionnement adéquat des tissus et des organes. Il peut donc s’agir d’un manque ou d’un excès. Un grand nombre de gens pensent que la malnutrition est beaucoup plus présente dans les pays en développement, ou chez les enfants et les aînés.

 

Dépistage minimal de la malnutrition dans les hôpitaux canadiens 

« Nous avons montré aux hôpitaux qu’il est très simple de faire un dépistage. Cela ne retarde pas le processus d’admission, mais cela permet de réduire les coûts d’hospitalisation ainsi que les complications en cours de route. »
— Bridget Davidson, directrice, Groupe de travail canadien sur la malnutrition

La bonne nouvelle est que le Canada mène actuellement une recherche pour aborder la question de la malnutrition dans un contexte de soins actifs. Le Groupe de travail canadien sur la malnutrition conçoit des solutions permettant un dépistage précoce des enjeux nutritionnels chez les patient.es hospitalisé.es. Il propose également des mesures concrètes pour aborder le problème. Se concentrer sur les interventions dans les soins actifs représente une avenue puissante, puisque ce genre de soins est actuellement à l’origine de la plupart des coûts dans le système de santé canadien.

Le Groupe de travail canadien sur la malnutrition a créé et validé un outil simple et rapide pour dépister la malnutrition au moment de l’admission à l’hôpital. L’Outil canadien de dépistage nutritionnel comporte deux questions : 1) Au cours des six derniers mois, avez-vous perdu du poids sans avoir essayé de perdre ce poids? 2) Depuis une semaine, mangez-vous moins que d’habitude? Deux réponses affirmatives (oui) indiquent un risque nutritionnel. L’outil de dépistage peut être utilisé gratuitement et permet de se demander comment le système de la santé peut et devrait réagir.

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Un des plus gros obstacles est l’incertitude quant à la capacité des hôpitaux d’offrir un plan d’intervention aux personnes jugées à risque. Toutefois, des interventions simples, comme veiller à ne pas interrompre l’heure des repas et collaborer avec les services alimentaires pour proposer des aliments réconfortants, attrayants et culturellement appropriés, sont des façons de s’assurer que les patient.es se nourrissent bien. On trouve au Royaume‑Uni un protocole dans le cadre duquel les patient.es à risque se voient remettre des cabarets rouges, ces derniers servant d’indicateur visuel pour encourager le personnel infirmier et les nutritionnistes à aider les patient.es à lire les menus, faire des choix sains et recevoir un soutien physique au moment de manger. Procéder ainsi montre que l’hôpital est perçu comme un lieu d’intervention critique pour éduquer un auditoire captif sur les bienfaits d’une alimentation et d’un style de vie sains, et ce, avant que les gens ne retournent dans leur communauté.

Plus récemment, le Groupe de travail canadien sur la malnutrition a commencé à valider et mettre en place un « plan d’intervention nutritionnel » dans dix hôpitaux, dans le but d’en évaluer l’impact. Alors que sa première étude se concentrait sur l’impact et la prévalence de la malnutrition, la seconde se penche sur des solutions pratiques et réalisables à la portée des hôpitaux.

 

La malnutrition nous force à réfléchir au rôle de la communauté

« Nous savons que les aliments sont des médicaments et pourtant, des aliments sains ne sont ni prescrits par ordonnance ni couverts par l’assurance-maladie. Nous devons donc établir le rôle clé de l’alimentation dans la santé systémique des patients. »
— Dre Karen Cross

S’attaquer aux causes profondes de la malnutrition ne peut pas se limiter au milieu hospitalier. L’étape suivante consiste à créer des liens avec des approches communautaires pour comprendre la relation qui existe entre la malnutrition et certains déterminants sociaux en matière de santé : l’insécurité alimentaire, le manque d’éducation, des logements de mauvaise qualité et la pauvreté.

Mais grâce au dépistage dans les hôpitaux, le milieu de la santé ne peut plus ignorer la malnutrition ou la considérer comme un problème hypothétique. Des chiffres bien réels indiquent maintenant que jusqu’à 45 % des personnes admises à l’hôpital souffrent de malnutrition. Il existe de plus en plus de preuves, qui se traduisent en dollars, sur les effets néfastes de la malnutrition sur la santé et les coûts financiers en raison des séjours prolongés et des taux élevés de réadmission. Il est donc possible de convaincre ceux et celles qui élaborent et approuvent des politiques à l’aide d’un argument soutenu qu’investir dans l’alimentation dans le milieu de la santé, que ce soit en augmentant le soutien nutritionnel dans les hôpitaux ou en améliorant les services alimentaires, permettra de réaliser des économies considérables et d’obtenir de meilleurs résultats à long terme.

Transformer les repas dans les hôpitaux du point de vue de la durabilité

par Allison Gacad, boursière Loran et chercheuse de Nourrir la santé, et Annie Marquez, innovatrice de Nourrir la santé

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Il faut jongler avec plusieurs priorités au moment de créer un repas au sein du système de la santé : Le repas est-il adéquat pour le patient ou la patiente sur le plan nutritionnel? Respecte-t-il le budget alloué? Trouve-t-on une variété de couleurs et de textures dans l’assiette? Mais une nouvelle priorité prend aussi de plus en plus de place : Dans quelle mesure le repas est-il durable?

Le moyen le plus puissant à la portée des établissements de soins de santé pour être durables n’est pas d’éteindre les lumières ou de débrancher les appareils électroniques; c’est de changer la manière dont les patient.es mangent.

Le moyen le plus puissant à la portée des établissements de soins de santé pour être durables n’est pas d’éteindre les lumières ou de débrancher les appareils électroniques; c’est de changer la manière dont les patient.es mangent. De la production des ingrédients au traitement à l’usine, en passant par le transport de la nourriture jusqu’à l’assiette, la création d’un repas a de nombreuses conséquences sociales, économiques et environnementales qui vont au‑delà de la personne qui le mange. Si l’on multiplie cela par les milliers de repas qui sont préparés, servis et consommés tous les jours dans les établissements de soins de santé canadiens, on obtient un impact monumental.

Ce que les gestionnaires de services alimentaires décident de mettre dans l’assiette influence au bout du compte les problèmes systémiques mondiaux que sont les changements climatiques et la santé publique. Malgré cette énorme possibilité pour un changement proactif, ce ne sont pas tous les gestionnaires qui possèdent les outils et le savoir requis pour agir dans l’intérêt de la durabilité environnementale.

L’équipe du projet collaboratif de Nourrir la santé Des menus durables est formée de leaders du domaine de la santé qui souhaitent s’attaquer à ce manque de connaissances et encourager la transition vers une alimentation durable dans les soins de santé. Par l’entremise d’un guide de menus durables pratique et convivial à l’intention des gestionnaires de services alimentaires, l’équipe du projet propose des avenues pour encourager les choix durables et la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le milieu de la santé. Voici certaines des avenues présentées dans le guide :

 

Adopter les protéines végétales

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L’agriculture, c’est‑à‑dire le système à la base de la production alimentaire, est responsable de presque 24 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. La production de certains types d’aliments exige cependant beaucoup plus de ressources que d’autres. Le bétail, y compris la viande rouge, le porc et la volaille, compte pour 18 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Des volumes d’eau considérables sont nécessaires pour donner à boire aux animaux et assurer leur hygiène. De grandes terres servent aussi à produire leur nourriture et même leurs processus digestifs naturels contribuent directement à la libération de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

En comparaison, les protéines végétales, comme les légumineuses, sont bénéfiques et non désastreuses pour l’écosystème des sols. En effet, elles sont reconnues comme des « cultures qui permettent de régénérer le sol », leurs propriétés permettant d’en améliorer la structure, d’en augmenter le contenu biologique et de réduire l’érosion.

Dans la plupart des établissements de soins de santé, les protéines traditionnelles sont des protéines animales, habituellement du bœuf ou du porc. L’utilisation de protéines végétales peut représenter un défi, mais même de petits gestes peuvent avoir de grandes conséquences. Selon l’organisme Healthcare Without Harm, « éliminer la viande une journée par semaine permettrait de réduire les émissions d’environ 1 milliard de tonnes (Gt) à 1,3 Gt par année, ce qui équivaut à éliminer 273 millions de voitures de sur les routes. » Les protéines végétales coûtent aussi beaucoup moins cher que leur équivalent animal. Leur coût est en fait approximativement quatre fois moins cher par gramme.

 

Moins de produits transformés, plus de produits entiers

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Des croquettes de poulet, des sacs de croustilles, des repas pour le four à micro-onde : les aliments ultra‑transformés ressemblent peu à des aliments entiers. On les décrit plutôt comme des compositions d’ingrédients industriels et d’autres substances dérivés d’aliments et de certains additifs. Non seulement ces produits sont riches en calories et faibles en valeur nutritionnelle, la quantité d’eau et d’énergie requise pour les produire est énorme. Les aliments transformés produisent aussi beaucoup de déchets de plastique, ceux-ci étant emballés pour optimiser le transport.

La commodité des aliments ultra‑transformés est attrayante dans le domaine de la santé. Des portions préemballées facilitent le service aux patient.es. Mais cela entraîne un coût en matière de nutrition, de durabilité et parfois même de finances. Il est donc bénéfique pour les patient.es et la planète de se tourner vers des produits entiers ou des aliments peu transformés, comme des fruits ou des légumes crus, ou des produits de boulangerie sains.

 

Alimentation locale et économie locale

Faire de l’approvisionnement local une priorité est une façon de satisfaire les exigences actuelles entourant la création de repas délicieux, durables et économiques.

Jennifer Reynolds, de Food Secure Canada, donne cinq raisons d’acheter des aliments locaux[1] :

  1. Réduire le nombre de kilomètres-assiette : Plus la distance parcourue est petite, plus l’impact environnemental est petit.
  2. Manger des aliments plus frais et savoureux : Les aliments locaux sont souvent récoltés seulement quelques heures avant d’être vendus. Leur fraîcheur offre plus de saveur.
  3. Manger des aliments en saison : Les fruits et légumes atteignent leur pleine saveur et maturité lorsqu’ils sont en saison.
  4. Appuyer l’économie locale : Les producteurs recueillent directement les bénéfices et les consommateurs peuvent savoir comment leur nourriture est produite.
  5. Une meilleure transparence : Les consommateurs ont une meilleure idée de ce qu’ils achètent.

 

Réduire le gaspillage

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Le gaspillage alimentaire entraîne des pertes de calories, d’argent et d’énergie. En 2010, la valeur annuelle de la nourriture gaspillée dans les hôpitaux canadiens s’élevait à environ 45 millions de dollars. Cela était dû en partie à un gaspillage en cuisine, lorsque l’on produisait ou préparait trop de nourriture, et en partie à un gaspillage par les patient.es, lorsque ces derniers ou dernières laissaient de la nourriture dans leur assiette. Il existe des méthodes simples à la portée des cuisines en milieu hospitalier pour réduire le gaspillage, par exemple faire congeler les restants de pain ou incorporer des protéines à des soupes pour maximiser l’utilisation des ingrédients achetés.

Réduire le gaspillage est un geste durable qui répond aussi au besoin d’améliorer la santé et la satisfaction des patient.es. En examinant ce que les patient.es laissent dans leur assiette et en quelle quantité, les professionnel.les de la santé peuvent détecter des signes de malnutrition et aider les gestionnaires de services alimentaires à déterminer les recettes qui devraient être améliorées.


Il est crucial à l’avenir de considérer l’alimentation saine comme synonyme de l’alimentation durable, et ce, pour la santé des patient.es, des populations et de la planète.

Il n’y a aucun doute que faire des choix durables peut profiter à la fois aux patient.es et à l’environnement. Les établissements de soins de santé qui décident de faire de la durabilité une priorité dans leurs cuisines seront vus comme des leaders en matière de santé publique. À une époque où les changements climatiques continuent d’aggraver les problèmes mondiaux actuels, par exemple la sécurité alimentaire, les maladies infectieuses et les phénomènes météorologiques extrêmes, il incombe aux hôpitaux de réduire l’impact du réchauffement climatique. Il est crucial à l’avenir de considérer l’alimentation saine comme synonyme de l’alimentation durable, et ce, pour la santé des patient.es, des populations et de la planète.

Comment peut-on, en tant que nutritionnistes, apprendre de l’alimentation autochtone?

par Kelly Gordon

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Kelly Gordon est nutritionniste et fait partie de la cohorte Nourrir la santé. Elle travaille actuellement sur le territoire des Six Nations de Grand River. Elle appartient à la communauté Kanienkehaka (Mohawk) et au clan de l’ours. Elle est aussi la maman de deux enfants débordant d’énergie. Kelly s’intéresse en ce moment à l’intégration du savoir traditionnel dans sa pratique quotidienne, accompagnant les membres de sa communauté sur le chemin du bien-être.
 

Cependant, en tant que professionnel.les de la santé, nous devons aborder les dimensions sociale, émotive, mentale et spirituelle de la relation qu’ont les gens avec la nourriture.

Alors que la plupart des nutritionnistes insistent sur le rôle de l’alimentation sur la santé et la guérison, nous mettons l’accent sur les effets nutritifs et physiques de l’alimentation sur notre corps. Cependant, en tant que professionnel.les de la santé, nous devons aborder les dimensions sociale, émotive, mentale et spirituelle de la relation qu’ont les gens avec la nourriture.

Je travaille comme nutritionniste depuis 15 ans et en tant que professionnelle réglementée de la santé, je choisis d’intégrer ces dimensions dans ma pratique. Chez Six Nations Health Services, je m’efforce d’améliorer la relation des membres de la communauté avec la nourriture. Dire à certaines personnes qu’elles doivent choisir de « meilleurs gras » ou manger de « plus petites portions de glucides » peut ne pas être pertinent si celles-ci vivent de l’insécurité alimentaire ou souffrent d’un traumatisme. Je tente par conséquent d’écouter mes patient.es et de les comprendre afin de pouvoir me servir de leurs expériences pour changer leur relation avec la nourriture. Il s’agit selon moi d’un point de départ pour mettre en lumière le genre de changements positifs pouvant être compatibles avec leurs besoins.

Mon parcours personnel a commencé durant mes études au baccalauréat en nutrition à l’Université McGill. J’ai fait un stage au Centre for Indigenous Nutrition and Environment (CINE), où j’ai côtoyé des nutritionnistes autochtones. J’ai beaucoup appris durant mes années universitaires, notamment au sujet de mes propres racines mohawks et de l’importance de l’alimentation sur la santé communautaire. Je trouve cependant que l’on ne discute pas assez de l’impact de la santé communautaire et de l’insécurité alimentaire à l’université. Nous n’avons pas eu l’occasion d’étudier l’impact environnemental de la manière dont nous cultivons notre nourriture, ou la relation entre la terre et l’alimentation. Cela explique peut-être pourquoi les nutritionnistes sont davantage porté.es à travailler en milieu clinique plutôt qu’en milieu communautaire. Nous sommes formé.es pour nous voir comme faisant partie d’un environnement clinique.

En conséquence, les gens s’attendent à une réaction de jugement de notre part. Souvent, lorsque je suis en compagnie de quelques personnes, elles s’exclament : « Ne regarde pas ce que je mange, ce n’est pas bon! » lorsqu’elles apprennent que je suis nutritionniste. Quand j’entends ça, je me questionne sur leur relation avec la nourriture et ce qui déclenche cette peur d’être jugées. Je réfléchis aussi à la culture qui existe dans le domaine de la santé et de l’alimentation et qui vient renforcer cette honte de ce que nous mangeons.

En tant que nutritionnistes, nous devons apprendre que nous ne sommes pas uniquement là pour régler un « problème ». Il s’agit là d’une mentalité coloniale qui existe dans le milieu de la santé et qui s’avère difficile à changer. Notre mandat de fournir des renseignements sûrs et fiables est par nature biaisé, puisqu’il repose sur un ensemble précis de critères qui détermine ce qui est quantifiable et axé sur des preuves. Pourquoi ignorons-nous la sagesse autochtone issue du savoir historique et communautaire transmis d’une génération à l'autre?

Une grande partie de mon apprentissage découle de mes relations avec la communauté Six Nations et du fait que j’écoute la voix des membres de la communauté. Je ne me présente pas en me déclarant experte, mais plutôt comme une personne prête à écouter, à apprendre et à offrir du soutien.

Nous devons découvrir comment changer la perception actuelle du rôle de nutritionniste, ainsi que du rôle des professionnel.les de la santé dans son ensemble. Cela veut dire s’éloigner des pratiques biomédicales occidentales dominantes pour créer un modèle de soins ancré dans les pratiques et l’alimentation autochtones. Cela signifie aussi accorder du crédit à la sagesse autochtone pour la considérer comme fiable et digne de confiance. Une grande partie de mon apprentissage découle de mes relations avec la communauté Six Nations et du fait que j’écoute la voix des membres de la communauté. Je ne me présente pas en me déclarant experte, mais plutôt comme une personne prête à écouter, à apprendre et à offrir du soutien.

Nous devons prendre conscience que même le terme « aliments sains » peut être remis en question. La notion d’« aliments sains » est devenue trop restrictive et suscite de la honte par rapport à ce que les gens devraient ou ne devraient pas manger. Le savoir autochtone peut éclairer notre compréhension de ce qui constitue des aliments nourrissants. Il peut aussi nous permettre de réexaminer les liens émotifs, culturels et spirituels des gens avec la nourriture, ainsi que le lien entre la nourriture, la terre et l’environnement dans son ensemble.

Il va sans dire que notre alimentation influe grandement sur notre corps, mais aussi sur l’environnement qui nous entoure. En étudiant la façon dont nos ancêtres se nourrissaient en consommant ce qui poussait dans leur région et en quantités qui assuraient que tous puissent manger, on remarque des pratiques qui s’inscrivent dans les enseignements de la septième génération. Nos pratiques et nos habitudes alimentaires quotidiennes devraient tenir compte de ce à quoi le monde devrait ressembler dans sept générations. Les enseignements dans ce domaine nous amènent à nous préoccuper davantage de l’énergie que nous dépensons pour obtenir et préparer nos aliments, et à être reconnaissant.es pour ce que nous mangeons et ceux et celles qui préparent notre nourriture. Nous pouvons ainsi entretenir une relation plus significative et respectueuse avec les aliments qui nourrissent notre corps, notre âme et notre esprit.

La sensibilisation et la compréhension doivent aller de pair avec les gestes posés afin qu’une réconciliation sincère puisse se produire.

Ce genre de travail exige beaucoup de temps et d’efforts. Il est impossible de le faire rapidement. Je travaille en ce moment avec une équipe de nutritionnistes et de professionnel.les alimentaires de partout au pays sur un projet dans le cadre duquel nous encourageons les organismes de la santé à reconnaître l’alimentation traditionnelle et les aliments prélevés dans la nature. Cependant, choisir de trouver et de servir de la nourriture autochtone ne peut pas se réduire à une case sur un formulaire. Il faut prendre du recul et se sensibiliser à la raison pour laquelle il est si important et utile d’inclure des aliments traditionnels et des habitudes alimentaires autochtones dans le milieu de la santé. La sensibilisation et la compréhension doivent aller de pair avec les gestes posés afin qu’une réconciliation sincère puisse se produire.

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J’ai récemment fait une présentation à Vancouver dans le cadre du congrès de l’organisme Les diététistes du Canada. J’ai profité de l’occasion pour visiter le totem de la réconciliation à l’Université de Colombie‑Britannique (UBC) en compagnie de ma collègue de la cohorte Nourrir la santé Shelly Crack. Ce magnifique totem créé par un artiste haïda symbolise la rupture violente et brutale causée par les pensionnats dans la culture autochtone. J’ai alors pensé que la culture était comme un os : une fois brisée, il se peut qu’elle ne soit plus jamais la même. Mais la question la plus importante renvoie à la guérison : lorsque quelque chose se brise, quel genre de réadaptation physique, émotive et spirituelle est nécessaire pour retrouver ses forces? Selon moi, l’alimentation peut être très nourrissante, mais elle joue aussi un rôle crucial dans la poursuite de ces conversations difficiles et indispensables.

Il devrait y avoir plus de cours de nutrition dans les écoles de médecine

par Dre Margaret Rundle

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Nous partageons une compréhension de base sur le sujet, mais l’alimentation demeure sous-estimée comme plan d’intervention pour habiliter les patient.es dans la prévention et le traitement des maladies.

Les professionnel.les de la santé s’entendent pour la plupart sur le fait que les habitudes alimentaires d’une personne influent sur les résultats préventifs et médiaux. Chaque année, d’autres études de pointe viennent valider le rôle de l’alimentation et des régimes thérapeutiques dans la gestion et la prévention des maladies chroniques. Toutefois, un enseignement de base sur le rôle de la nutrition et du mode de vie représente depuis longtemps le maillon faible des programmes universitaires de médecine au Canada.

Je travaille comme médecin de famille depuis 27 ans. Dans le cadre de mes travaux cliniques, je m’efforce de motiver et d’éduquer mes patient.es quant à l’influence de l’alimentation sur leur santé et leur bien‑être. Mon intérêt pour le sujet découle de mon implication dans diverses disciplines sportives durant mes années d’études. Il était alors important pour moi de bien me nourrir. J’ai d’abord fait un baccalauréat de quatre ans en nutrition avec l’intention d’entrer en médecine. Durant mes quatre années à l’école de médecine, j’ai été surprise de constater que seulement 20 heures étaient consacrées à la nutrition. Je me souviens qu’il s’agissait principalement de nous expliquer ce que sont les vitamines, les minéraux, les glucides et les lipides. Il n’était nullement question d’interventions nutritionnelles. Lorsque j’ai commencé à pratiquer mon métier, je me souciais encore de l’importance de la nutrition et de l’activité physique, mais il était facile de consacrer tout mon temps à gérer des problèmes graves, à poser des diagnostics et à rédiger des ordonnances. Où était passée ma passion pour la médecine préventive? J’ai retrouvé celle-ci après avoir assisté à une série de conférences sur les avancées dans le domaine de la recherche scientifique entourant l’alimentation et la nutrition. J’ai littéralement eu la chair de poule en écoutant ces conférences. Je me sentais de nouveau moi-même! Depuis ce temps, j’ai modifié ma pratique pour consacrer au moins 15 des 45 minutes de discussion avec un.e patient.e à poser des questions sur sa nutrition, son niveau d’activité physique et son mode de vie.

Bon nombre de médecins ne se demandent pas ce qui peut être réalisé grâce à l’alimentation au moment de choisir un traitement. Nous partageons une compréhension de base sur le sujet, mais l’alimentation demeure sous-estimée comme plan d’intervention pour habiliter les patient.es dans la prévention et le traitement des maladies.

 

Intégrer l’alimentation et la nutrition aux études en médecine

Un des problèmes est que les médecins n’apprennent rien au sujet des plus récents concepts de sciences nutritionnelles dans la plupart des écoles de médecine. Une étude montre que les médecins ne se sentent actuellement pas assez confiants pour conseiller leurs patient.es au sujet de leur alimentation. En fait, plus de la moitié des diplômé.es en médecine qualifient leurs connaissances en matière de nutrition d’inadéquates. Le curriculum nord-américain de médecine ne priorise tout simplement pas assez la nutrition. Une autre étude, publiée dans Academic Medicine, révèle que seulement 27 % des 105 écoles de médecine en Amérique du Nord satisfont l’exigence minimale des 25 heures de formation en nutrition.

Parmi les étudiant.es canadien.nes ayant participé à une étude, 87,2 % ont affirmé que leur programme de baccalauréat devrait inclure davantage de cours de nutrition.

Des étudiant.es en médecine canadien.nes demandent plus de cours de nutrition. Parmi les étudiant.es canadien.nes ayant participé à une étude, 87,2 % ont affirmé que leur programme de baccalauréat devrait inclure davantage de cours de nutrition. Bon nombre de ces étudiant.es se disaient à l’aise quant à leur connaissance du rôle de la nutrition dans la prévention des maladies, mais peu préparé.es pour conseiller des patient.es en matière de nutrition durant toutes les étapes de leur vie. Ils ont également affirmé qu’ils trouvaient difficile d'identifier des sources d’information fiables sur le sujet.

Les facultés de médecine doivent embaucher plus de personnel capable d’enseigner la nutrition. Selon moi, comprendre le rôle de l’alimentation en tant que traitement ne peut pas se faire en ajoutant quelques heures ou un cours au programme. Cette compréhension doit être intégrée dans l’ensemble du curriculum. Il faut parler de nutrition lorsque les étudiant.es étudient la santé prénatale, la pédiatrie, l’ophtalmologie, l’oncologie, l’orthopédie, etc. Heureusement, cela se fait déjà à l’Université de Toronto grâce aux conseils d’une équipe de médecins, qui inclut John Sievenpiper, et à la généreuse contribution financière de Johanna et Brian Lawson pour la création du Centre for Child Nutrition at the University of Toronto.

 

Une ressource fiable et digne de confiance en matière de nutrition pour les médecins et les patient.es

Qu’en est-il des médecins qui pratiquent déjà? Je travaille actuellement avec l’Université de Toronto sur des cours de nutrition accrédités pour les médecins pratiquants. J’ai aussi mis sur pied le Rundle‑Lister Lectureship in Transformative Nutritional Medical Education. Un prix est décerné dans le cadre de cette série de conférences à un clinicien ou une clinicienne reconnu.e comme contribuant de manière exceptionnelle au rôle de la nutrition dans les soins aux patient.es. L’événement Food as Medicine aide aussi à combler le manque de connaissances qui existe dans la formation continue en médecine. La première conférence de cette série porte sur le microbiome. Le dicton dit : « je suis ce que je mange ». Bien que cela soit en partie vrai, je pense que poursuivre la recherche nous permettra aussi de mieux comprendre comment les aliments que nous consommons influent sur notre microbiome et, par conséquent, sur notre santé.

Les patient.es comme les médecins se tournent vers Internet pour trouver de l’information. Je rêve du jour où les médecins qui n’ont pas le temps de donner des conseils de nutrition, ou qui souhaitent orienter leur patient.es vers des sites web de confiance pourront visiter un carrefour web d’affiliation universitaire. L’Université de Toronto est l’une des quelques facultés de médecine qui comprend un département de nutrition. En concevant ce genre de carrefour web, elle serait dans une bonne position pour devenir l’endroit où les médecins pourraient mettre leur savoir à jour et où les patient.es pourraient trouver des renseignements sûrs et fiables.

Je ne demande pas aux médecins de devenir nutritionnistes. Ils sont toutefois dans une position unique, puisqu’ils ou elles peuvent conseiller leurs patient.es durant leur examen annuel, ou en cas de maladie aiguë lorsqu’ils sont plus susceptibles d’être réceptifs.

Je ne demande pas aux médecins de devenir nutritionnistes. Ils sont toutefois dans une position unique, puisqu’ils ou elles peuvent conseiller leurs patient.es durant leur examen annuel, ou en cas de maladie aiguë lorsqu’ils sont plus susceptibles d’être réceptifs. Pour qu’un changement à long terme se produise, il faut repenser la formation médicale des futurs médecins. Ils ou elles pourraient alors découvrir l’utilité de la nutrition dans leurs pratiques cliniques et considérer les approches nutritionnelles comme complémentaires à la médecine traditionnelle pour maintenir une bonne santé et prévenir les maladies chroniques.

Nourrir la santé – Bulletin de Mars 2018 : Ce qu’offre réellement l’alimentation dans les soins de santé

La demande est grande pour des soins de santé plus efficaces, qu’il s’agisse entre autres de réduire les temps d’attente ou d’offrir plus de services à domicile. Cette approche de renforcement des capacités a toutefois certaines limites. Il faut donc essayer de réduire la demande au lieu de simplement améliorer l’efficacité des soins de santé offerts?

Investir sur le plan local : quand des politiques de soutien appuient les gestes posés sur le terrain

Deux leaders du projet Nourrir la santé, Marianne Katusin en Ontario et Donna Koenig en Colombie-Britannique, innovent avec leurs menus, leurs achats et leurs chaînes d’approvisionnement pour mettre plus d’aliments locaux dans le cabaret des patient.es. Toutes deux travaillent dans des provinces qui encouragent et font la promotion de l’alimentation locale grâce à des politiques de soutien qui rendent possible l’approvisionnement local.

Infographie Nourrir la santé : Les possibilités offertes par l’alimentation dans les soins de santé

Nourrir la santé et ses partenaires présentent une nouvelle infographie intitulée Les possibilités offertes par l’alimentation dans les soins de santé. Celle-ci illustre la façon dont les choix en matière d’alimentation peuvent améliorer l’expérience des patient.es, appuyer les gains et résultats organisationnels, et contribuer au bien-être communautaire.

Acheter de la viande élevée sans antibiotiques : si A&W peut le faire, pourquoi pas aussi les hôpitaux canadiens?

Les établissements de soins de santé doivent faire face à la résistance aux antimicrobiens, qui est considérée comme une menace mondiale pour la santé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Chaque année au Canada, plus de 18 000 patient.es hospitalisé.es développent des infections résistantes aux antimicrobiens. On estime que le coût médical total de ces infections atteint un milliard de dollars par année. Pourtant, les établissements de soins de santé n’utilisent pas le meilleur outil à leur disposition pour les aider à combattre cette résistance, c’est-à-dire leur influence et leur pouvoir d’achat alimentaire.

Nourrir la santé désire être un organisme d’accueil partenaire du IRSC - Programme de bourses d'apprentissage en matière d'impact sur le système de santé (2018)

Nourrir la santé désire être un organisme d’accueil partenaire du IRSC - Programme de bourses d'apprentissage en matière d'impact sur le système de santé (2018)

Nourrir la santé désire être un organisme d’accueil partenaire du Programme de bourses d'apprentissage en matière d'impact sur le système de santé (BAISS) (2018), financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

Nourrir la santé – Bulletin de octobre 2017

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Bulletin de octobre

Connecter l’ensemble des soins aux patients par l’alimentation
Par Jason Bilsky et Nourrir la santé

La route sera longue – Parler autrement de la nourriture d’hôpital
Par Stephanie Cook, Regina Qu’Appelle Health Region

Le jardin thérapeutique de l’HGM est devenu un modèle de guérison naturelle
Par Louise Quenneville, Hôpital Glengarry Memorial Hospital (HGMH)

Le patient aux commandes de ses repas!
Par Josée Lavoie, CHU Sainte-Justine

Laisser le patient nous guider : pour nourrir la réflexion!
Par Carlota Basualdo, Laura Tkach et Danielle Barriault, Alberta Health Authority 

 

Connecter l’ensemble des soins aux patients par l’alimentation

Corédigé par Jason Bilsky, PDG du Yukon Hospital, et l’équipe de Nourrir la santé

Quand une personne tombe malade et va à l’hôpital, elle ne voit pas chacun des éléments du système de santé – elle chemine plutôt de façon continue dans le système. Quel que soit l’hôpital ou les traitements et services, le patient vit généralement une expérience globale vers le rétablissement. Mais il remarque les lacunes. Dès qu’il passe le seuil de l’hôpital, la façon dont on l’oriente et l’information qu’on lui donne sur une base continue, la propreté des lieux et surtout la nourriture qu’on lui sert sont tous des facteurs qui contribuent à lui offrir une expérience holistique.

La nourriture servie dans l’établissement de santé est un poste budgétaire, mais elle peut aussi être un moyen de connecter l’ensemble des éléments du continuum des soins. Des repas qui réconfortent et qui guérissent sont un point de contact fondamental dans l’expérience des soins de santé, procurant au patient un sentiment de sécurité et de confort dans un milieu étranger où il se sent loin de chez lui. Plusieurs priorités entrent en concurrence dans le complexe système de santé, mais l’alimentation est un élément central du bien-être. Elle abat les murs entre l’hôpital, la maison et le reste de la collectivité.

L’expérience du patient fait partie des piliers stratégiques de l’hôpital et c’est le patient qui en définit la qualité. Cela signifie qu’il faut écouter l’entièreté du patient – les soins ne se limitent pas aux besoins cliniques et au traitement médical. Une approche holistique des soins axés sur le patient suppose que l’on considère la personne à l’extérieur de l’hôpital et que l’on comprenne son contexte social, sa situation familiale ainsi que ses traditions ou ses pratiques en matière d’alimentation.

Axer les soins sur le patient, c’est remettre le pouvoir et l’autonomie entre les mains du patient en lui permettant d’obtenir ce dont il a besoin pour se sentir en sécurité et bien entouré.
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Le Yukon Hospital choisit de servir des aliments traditionnels frais et nourrissants pour répondre aux besoins des Autochtones qui fréquentent l’hôpital. La maladie est un état de profonde vulnérabilité. Axer les soins sur le patient, c’est remettre le pouvoir et l’autonomie entre les mains du patient en lui permettant d’obtenir ce dont il a besoin pour se sentir en sécurité et bien entouré. Un milieu médical vraiment sécuritaire doit englober la sécurité culturelle. Offrir un choix d’aliments appropriés sur le plan culturel quand le patient en a besoin permet à l’hôpital d’embrasser le pouvoir de guérison des aliments en tant que partie intégrante du processus de rétablissement.

Offrir des aliments pertinents sur le plan culturel, c’est agir de manière respectueuse, éthique et adaptée à la culture. Cela dénote des valeurs qui font écho aux appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation, auxquels doit tenter de répondre tout établissement de santé. Les politiques et pratiques doivent refléter ces valeurs plutôt que de perpétuer les injustices historiques.

Il n’est pas toujours simple d’innover en matière d’alimentation dans les soins de santé. Pour offrir le programme d’alimentation traditionnelle, le Yukon Hospital a dû apprendre à s’approvisionner en viandes sauvages en se conformant à la réglementation sur les aliments. Il faut pour cela s’engager à voir les patients comme des personnes et transformer les contraintes en occasions à saisir.

Considérer l’alimentation comme une priorité est un marathon plutôt qu’un sprint.

Considérer l’alimentation comme une priorité est un marathon plutôt qu’un sprint. Les aliments et la façon de les acheter, de les préparer et de les servir au patient peuvent faire prendre le virage vers un modèle de soins plus holistique. Il faut toutefois de la passion et beaucoup de travail de plaidoyer pour inclure et défendre ces pratiques uniques – pour briser le moule, s’aligner sur ce qui est important à nos yeux et renforcer les capacités en conséquence. S’il faut parfois sprinter dans les soins aigus, il ne faut pas oublier les gestes importants qui révèlent leurs avantages à long terme.

Dans ce numéro, l’équipe d’innovateurs de Nourrir la santé utilise l’alimentation pour connecter les divers éléments de l’expérience du patient afin d’améliorer sa situation, en aval et en amont. Laura Tkach, Carlota Basualdo et Danielle Barriault expliquent comment Alberta Health Services trouve des moyens stratégiques de faire participer directement le patient à l’élaboration conjointe de diètes et de menus nutritifs et savoureux. En Ontario, Louise Quenneville parle du pouvoir thérapeutique des jardins d’hôpital sur le patient, en favorisant son bien-être affectif, physique et psychologique. Josée Lavoie innove au Québec avec un nouveau modèle de service à la chambre qui permet au patient de mieux choisir le moment où il mange. Enfin, Stephanie Cook de la Saskatchewan veut s’attaquer à la mauvaise réputation de la nourriture d’hôpital – elle veut en parler autrement et insiste sur les avantages de servir au patient des aliments meilleurs, plus respectueux et plus réconfortants.

L’objectif ultime des établissements de santé est de garder le patient loin de l’hôpital, en santé chez lui. En décidant d’offrir des modèles d’alimentation plus sains et des choix alimentaires plus pertinents sur le plan culturel, nous pouvons aider les patients à se rétablir plus vite et limiter les réadmissions à l’hôpital – en plus de créer plus de santé et plus de prospérité dans la population en général.

La route sera longue – Parler autrement de la nourriture d’hôpital

Stephanie Cook est directrice des services d’alimentation et de nutrition du district de santé de Regina Qu’Appelle. Passionnée d’alimentation et de nutrition, elle mène depuis vingt ans des projets en vue d’améliorer le bien-être nutritionnel : programmes pour les enfants en surpoids, élaboration de pratiques de saine alimentation et lutte à la malnutrition chez les patients hospitalisés.

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On a du mal à cerner le moment où la nourriture d’hôpital – jadis pilier du traitement et du rétablissement, et considérée comme saine et thérapeutique – est tombée si bas dans l’opinion publique. Je soupçonne que le déclin s’est fait peu à peu, quand les avancées de la médecine et de la technologique ont commencé à supplanter la nourriture en tant qu’élément thérapeutique et poste budgétaire de première importance. Je ne peux pas jurer ce que Ringo Starr avait en tête quand cette photo a été prise en 1964, mais à son expression, je pense qu’il n’avait pas une très haute opinion de ce qui se trouvait dans son assiette. Plus de cinquante ans plus tard, on voit que les gens sont encore plus insatisfaits de la nourriture d’hôpital, et ceux qui la consomment ne se gênent pas pour donner leur avis. N’importe quel patient armé d’un cellulaire peut prendre une photo de son repas et l’afficher en ligne, ce qui déclenche parfois une véritable tempête médiatique sur la qualité déplorable de l’alimentation à l’hôpital.

Puis je me suis demandé si la nourriture était vraiment aussi mauvaise ou sa réputation si entachée par la rengaine habituelle que nous n’ayons jamais envisagé qu’il puisse en être autrement?

Moi aussi, j’ai cru longtemps que la nourriture d’hôpital était infecte. Quand j’étais diététiste clinique, j’opinais du bonnet, avec le regard sympathique de celle qui sait, quand le personnel blaguait sur les repas servis à l’hôpital et que les patients s’en plaignaient. Qu’est-ce que je pouvais y faire? On est à l’hôpital, un établissement public doté d’un budget d’alimentation qui rétrécit comme peau de chagrin et d’un personnel de plus en plus réduit dans les cuisines. Il est évident que la qualité en a pris un coup quand la vraie cuisine maison a été remplacée par des aliments préemballés fournis en sous-traitance et de l’équipement sophistiqué pour les réchauffer. Comment viser autre chose que la médiocrité? Puis je me suis demandé si la nourriture était vraiment aussi mauvaise ou sa réputation si entachée par la rengaine habituelle que nous n’ayons jamais envisagé qu’il puisse en être autrement? Se pouvait-il que tout effort en vue d’améliorer la qualité passe inaperçu, étouffé par le discours ambiant? J’ai alors noté que bien des patients finissaient leur assiette et demandaient de plus grosses portions. Compte tenu du fait que nous sommes à l’hôpital, un lieu où les gens sont malades, loin de leur maison et de leur famille, dans un milieu étranger et parfois angoissant, je voulais savoir : la nourriture est-elle vraiment aussi mauvaise?

Force est d’admettre que les repas servis à l’hôpital ne ressemblent pas vraiment à ceux de nos grands-mères. Mais si on pense à tout ce que cela implique – servir des patients qui vont mal pour la plupart, qui ont chacun leurs préférences alimentaires, qui viennent de cultures différentes et qui ont des besoins nutritifs différents –, la tâche n’est pas mince! Alors quand on met les choses en perspective, la nourriture d’hôpital mérite-t-elle les tollés qu’elle soulève? Ou est-ce seulement une prédiction qui se réalise parce qu’on y croit tellement? Si on s’attend à de la mauvaise nourriture, il y a de fortes chances qu’on la trouve mauvaise.

La question est revenue sur le tapis dans mon district de santé, quand le groupe de travail canadien sur la malnutrition a récemment noté à quel point ce problème est fréquent dans les hôpitaux et identifié clairement les nombreux obstacles qui empêchent les patients d’obtenir les nutriments dont ils ont besoin. Nous avons décidé d’examiner ce que nous servons et d’évaluer si la nourriture est si mauvaise que nous créons à notre insu un autre obstacle qui empêche les patients de bien se nourrir.

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Nous avons dressé un plan pour le savoir. La première étape a été de recueillir l’avis du personnel. Sans surprise, la réaction a été négative – la nourriture n’était pas appétissante, manquait d’éléments nutritifs et de qualité. À la deuxième étape, nous avons fait un test à l’aveugle pour obtenir un jugement objectif. Nous avons annoncé dans tout l’hôpital que nous voulions tester de nouveaux produits pour la cafétéria. Le personnel a été invité à goûter six repas principaux et à coter son niveau de satisfaction. Nous avons fini par tester 352 portions en tout, ce qui nous a appris à ne plus jamais sous-estimer le pouvoir d’une dégustation gratuite! Ce que nous n’avons pas dit aux participants, c’est que les six repas étaient servis couramment à nos patients. Les résultats ont été étonnants : plus de 85 % des participants ont donné aux repas la cote bon, très bon ou excellent pour tous les indices de qualité (odeur, saveur, apparence, côté santé et acceptabilité générale). Qui plus est, plus des deux tiers des employés ont dit qu’ils achèteraient ces plats s’ils étaient servis à la cafétéria. Oui, ils étaient même prêts à payer pour les repas que nous servions à nos patients!

Nous avons eu bien du plaisir à diffuser ces résultats dans notre district et à l’extérieur. Mais l’élément le plus important a été sans contredit de transmettre les résultats aux employés de nos services alimentaires. L’évaluation positive a permis de valider ce qu’ils savaient déjà : ils préparent et servent chaque jour de bons aliments, et ils sont fiers de ce qu’ils mettent dans leurs assiettes.

Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire mieux. De fait, l’écoute de nos patients a été un élément clé de l’accueil positif des aliments. Les patients ont suggéré d’ajouter au menu plus de plats réconfortants préparés sur place avec des ingrédients frais. Cela semble une commande impossible, surtout dans des hôpitaux qui utilisent beaucoup d’aliments préparés. Mais plusieurs petits changements peuvent faire une grosse différence sans trop compliquer les choses. Ainsi, dans mon district de santé, nous avons récemment cessé d’acheter des soupes toutes faites pour servir des soupes maison. Nous avons choisi la soupe parce que c’est réconfortant, ça convient à la plupart des diètes thérapeutiques et ça plaît à quasiment tout le monde. Nous en avons aussi profité pour améliorer la teneur nutritive en ajoutant de gros morceaux de légumes, des fines herbes fraîches, des nouilles ou du riz et plus de protéines. Non seulement les patients approuvent-ils, mais les membres des services alimentaires sont fiers de faire les soupes et de les servir. Nous trouvons aussi des moyens d’inclure plus d’aliments cultivés localement sur le menu et nous informons le personnel et les patients de notre engagement à bâtir une chaîne d’approvisionnement plus durable. Le fait d’inviter le personnel à venir manger avec nous pour déguster le repas du jour des patients est un autre moyen de stimuler la participation.

Pour combler cet écart, il ne suffira pas d’améliorer les repas. Le secteur de la santé a besoin de gens qui s’engagent avec optimisme, des gens qui parlent objectivement de ce qu’il y a dans l’assiette et qui disent à quel point c’est important pour les patients.

Pour lutter contre les stéréotypes négatifs de longue date sur la nourriture d’hôpital, il faut reconnaître l’écart entre la situation actuelle et celle que nous désirons. Pour combler cet écart, il ne suffira pas d’améliorer les repas. Le secteur de la santé a besoin de gens qui s’engagent avec optimisme, des gens qui parlent objectivement de ce qu’il y a dans l’assiette et qui disent à quel point c’est important pour les patients.

J’ai demandé aux employés d’un de nos hôpitaux pourquoi c’était important pour eux de servir de bons repas. Quelle que soit la formule utilisée, le message était clair. L’alimentation est un remède et le remède guérit.

Joignez-vous à moi pour parler autrement de la nourriture d’hôpital!

Laisser le patient nous guider : pour nourrir la réflexion!

Carlota Basualdo, Laura Tkach et Danielle Barriault travaillent chez Alberta Health Services (AHS), le premier et le plus vaste système de santé provincial pleinement intégré au Canada, qui offre des services de santé à plus de quatre millions de personnes en Alberta, et à certains résidents de la Saskatchewan, de la C.-B. et des Territoires du Nord-Ouest. Elles « améliorent l’expérience repas du patient » pour créer un environnement où « la nourriture et les repas sont importants » (Meals Matter), et où le plaisir de manger est valorisé à la fois par les patients et les équipes de santé en tant qu’élément essentiel du rétablissement.

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On ne s’attend pas toujours à vivre une expérience culinaire agréable à l’hôpital, mais l’équipe des services de nutrition et d’alimentation (SNA) d’Alberta Health Services veut changer cette perception! Offrant des services alimentaires sur 107 sites, SNA veut mettre le patient et sa famille au cœur de tout son travail. « En nous alignant sur la stratégie du patient d’abord de l’organisation, nous pouvons exercer un impact plus solide sur l’évolution de la culture et la création du changement », explique Laura Tkach, directrice des opérations, services de nutrition, d’alimentation, de buanderie et d’environnement. Par le dialogue continu, la participation des équipes de soins de santé et l’écoute des patients, AHS valorise la période des repas et l’apport optimal d’aliments et de boissons en vue du rétablissement et de la guérison.

Un élément central de la stratégie du patient d’abord (Patient First Strategy) est de croire activement à la participation. Les patients et leur famille ont dit qu’ils veulent être respectés et entendus, participer à leurs soins et réduire la confusion. SNA a trouvé plusieurs façons de le faire.

SNA respecte les patients en leur donnant le choix et en offrant des aliments adaptés à divers besoins – diète végétarienne, sans gluten, kascher et halal. Le service de soins de longue durée offre un choix de repas dans un environnement de type salle à manger. Dans les soins aigus, le service est encore sur plateau, mais les patients choisissent leurs repas sur un menu et le menu parlé est de plus en plus utilisé dans le but de faciliter les choses pour les patients.

Les patients ont divers moyens de se faire entendre et de participer. « Il nous faut des processus pour vraiment comprendre si nous répondons aux besoins des patients et des résidents afin qu’ils voient le repas comme un moment agréable. Pour cela, il y a des réunions du conseil des résidents, des sondages et des rondes à l’heure des repas », déclare Heather Truber, directrice générale des opérations provinciales. Les commentaires des patients font ressortir les aliments favoris et ceux qui sont moins populaires, ce qui facilite la planification des menus. Il y a aussi des séances de participation avec des groupes spécialisés tels que les conseils consultatifs pour l’enfance et la jeunesse afin de mieux concevoir les menus en pédiatrie. Il n’est pas toujours facile de concilier la saine alimentation et les préférences des jeunes – céréales sucrées et hot dogs. Il est donc important de savoir ce que veulent les parents et les enfants. Il est aussi prévu de consulter des conseillers qui représentent les patients pour comprendre ce qui importe au-delà des services alimentaires et de l’environnement – des aliments produits localement de manière durable, par exemple. 

Pour réduire la confusion, les patients reçoivent de l’information sur leur diète et sur le service des repas, et ils savent qui contacter s’ils ont des questions. Des tableaux blancs à côté du lit des patients facilitent la communication entre les patients et l’équipe. On y trouve notamment de l’information sur l’heure des repas, les besoins diététiques particuliers et l’aide requise aux repas.

« Patrick, qui s’occupait des repas, s’est démené pour faire plaisir à ma mère lors de son séjour au 3F3 à l’UAH. Il prenait juste un peu plus de temps pour sourire à maman et jaser avec elle. C’est par de petits gestes comme ceux-là que le personnel insuffle de la chaleur au milieu stérile de l’hôpital et nous aide à passer au travers d’un moment stressant ».

Plusieurs facteurs influent sur le plaisir, le désir et la capacité de manger. Tout ce qui nuit aux repas réduit l’apport alimentaire des patients et augmente les risques de malnutrition, ce qui affecte la durée du rétablissement et la capacité des patients de s’adonner aux activités qui leur plaisaient avant le séjour à l’hôpital. Tkach ajoute : « La vision de Meals Matter ne se limite pas à offrir des aliments savoureux et nutritifs que les patients ont du plaisir à manger. Un autre élément essentiel est que l’environnement des repas et le soutien de l’équipe de soins soient axés sur le patient afin qu’il s’alimente et s’hydrate de manière adéquate pour améliorer son état nutritionnel et favoriser son rétablissement ». Le but est d’obtenir des commentaires comme celui de la fille d’une patiente à l’Hôpital de l’Université de l’Alberta : « Patrick, qui s’occupait des repas, s’est démené pour faire plaisir à ma mère lors de son séjour au 3F3 à l’UAH. Il prenait juste un peu plus de temps pour sourire à maman et jaser avec elle. C’est par de petits gestes comme ceux-là que le personnel insuffle de la chaleur au milieu stérile de l’hôpital et nous aide à passer au travers d’un moment stressant ».

Le jardin thérapeutique de l’HGM est devenu un modèle de guérison naturelle

Par Louise Quenneville 

Louise Quenneville est gestionnaire de projet à l’Hôpital Glengarry Memorial (HGM). Grâce à l’appui de la haute direction et du conseil d’administration de l’hôpital, et l’étroite collaboration de la gestionnaire en diététique et de l’équipe de réhabilitation de l’ACV, le jardin de l’HGM a connu un essor spectaculaire dans les cinq dernières années. Le but du travail de Louise en tant qu’innovatrice de Nourrir la santé est d’ajouter une bonne portion d’aliments frais du jardin dans le plateau de chaque patient.

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Quiconque connaît le pouvoir énergisant d’un jardin – l’odeur calmante de la lavande, le plaisir de croquer dans une tomate bien mûre et juteuse – peut imaginer à quel point l’effet serait encore plus profond pour qui souffre d’une maladie ou d’un traumatisme. Depuis 2011, l’Hôpital Glengarry Memorial (HGM) d’Alexandrie, en Ontario, offre justement cet effet restaurateur de la nature.

La première demande de subvention de HGM démontrait déjà tout le potentiel du jardin : « Étirez-vous, cultivez vos aliments, remontez-vous le moral ». Le projet de jardin visait à élargir notre expérience de réhabilitation des patients ayant subi un AVC, dans un cadre naturel à l’extérieur. Pour les patients qui se remettent d’un AVC, on sait qu’il est crucial de s’étirer les membres. Les activités de jardinage pendant l’été sont une autre option d’exercice quotidien, qui contribuent à améliorer la condition physique, la coordination, la motricité fine, la perception spatiale, la mémoire et bien plus encore. Cela procure aux patients un sentiment d’autonomie, la motivation de retrouver une activité qu’ils pouvaient faire avant l’AVC – c’est aussi parfois la découverte d’un nouveau loisir!

Il est complexe de mesurer les avantages du temps passé à jardiner sur le plan des résultats cliniques positifs ou de la durée du séjour à l’hôpital. Le diagnostic de chaque patient et les comorbidités possibles ajoutent à la complexité de l’exercice. On peut toutefois affirmer que le jardin ajoute de la qualité au séjour du patient à l’hôpital et qu’il leur remonte indéniablement le moral. Voici ce qu’en disent certains de nos patients en réhabilitation après un AVC. Jack, un homme de 60 ans : « Je suis ici depuis quatre mois et ça fait du bien de sortir de l’hôpital et de ma chambre, de voir pousser tout ça. Dans le jardin ici, il y a toutes sortes d’odeurs, c’est fantastique! » Michel, un patient de 75 ans : « Nous avons un jardin chez nous et j’ai l’habitude d’aller y faire un tour soir et matin. Avec le jardin, j’ai l’impression d’être à la maison. » Un patient de 70 ans : « J’adore travailler dans le jardin, j’adore ça! C’est une idée merveilleuse que les patients passent du temps ici. »

Les patients cultivent eux-mêmes des aliments. Pendant qu’ils jardinent, ils peuvent manger ce qui pousse. Selon l’abondance de la récolte, les produits ont parfois suffi à approvisionner le buffet à salades de l’hôpital et l’assiette des patients.

Les deux dernières années marquent un jalon pour le jardin en raison de notre association avec des collèges et universités. Ces partenariats ont permis d’obtenir des fonds pour agrandir le jardin et de verser un salaire à des étudiants pour la planification, la plantation et la récolte. Dernièrement, nous avons noté une augmentation importante du rendement du jardin grâce au partenariat avec un collège d’agriculture, dont un étudiant a supervisé la planification et la rotation des cultures du jardin.

La recette du succès d’un jardin d’hôpital repose sur une multitude de facteurs et de défis à relever. Le problème principal est évidemment la difficulté pour l’établissement de couvrir les coûts initiaux de la mise sur pied du jardin. Aujourd’hui, la création d’un jardin est plus durable et plus viable : on connaît davantage l’importance de l’alimentation dans les soins de santé, la recherche et les partenariats appuient ce genre de projet et il existe diverses avenues de financement.
 

Pour réussir à mettre sur pied un jardin d’hôpital, il faut d’abord :

  • Dresser un plan de cinq ans pour le jardin
    Commencez petit et grandissez peu à peu (nous avions au départ cinq platebandes surélevées)

  • Obtenir le soutien clé du conseil et de la haute direction de l’hôpitalPréparez un plan que vous pourrez leur présenter pour le jardin…

  • Identifier les diverses sources et possibilités de financement
    Il y en a plusieurs – subventions de ministères provinciaux et projets de recherche des universités, par exemple. Vous pouvez aussi contacter des organismes du secteur agroalimentaire pour obtenir des fonds, de l’orientation et de l’aide.

Recommandations tirées de l’expérience:

  • Collaborez avec des universités et des collèges agricoles. 
    Il y a parfois des fonds pour agrandir le jardin et couvrir le salaire d’étudiants. Embauchez un étudiant en agriculture ou contactez le collège pour voir si votre jardin peut faire partie de l’expérience des étudiants en coopérative.
  • Notez tout ce qui concerne la plantation, la rotation des cultures et les leçons apprises.
    Date de création du jardin, ravageurs et mesures pour les combattre, rendement du jardin, légumes ayant donné les meilleurs résultats et pourquoi, température au cours de la saison, etc. C’est tout à fait le genre d’expertise qu’un étudiant en agriculture pourrait offrir au projet.
  • Faites des suggestions pour améliorer le jardin l’année suivante.
  • Planifiez le jardin de l’année suivante dès l’automne ou le début de l’hiver.
  • Incitez les familles à participer au jardin avec les patients et mobilisez le personnel autour de diverses activités – quelques idées : Journée porte ouverte, jour de marché ou atelier sur l’ail
  • Joignez-vous à des organismes ayant des objectifs communs.
    Ces organismes sont un mécanisme de soutien extraordinaire – les idées surgissent au fil des discussions et du partage des expériences.
  • Visez la pérennité du jardin et si vous réussissez, racontez votre histoire!

Le patient aux commandes de ses repas!

Par Josée Lavoie du CHU Sainte-Justine

Josée Lavoie est diététiste et directrice des services alimentaires au CHU Sainte-Justine à Montréal, au Québec depuis 2009. En 2016, le CHU Ste-Justine a fait un changement majeur grâce à un programme de service aux chambres qui permet aux patients de choisir ce qu’ils veulent manger et quand ils ont faim. L'objectif de Josée en tant qu'innovatrice est d'augmenter la quantité d'aliments locaux du Québec dans les menus et de devenir plus respectueux de l'environnement.

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Projet de modernisation des activités d’alimentation

Le CHU Saint-Justine, l'un des deux hôpitaux pour enfants du Québec, a entrepris une importante modernisation des services alimentaires en 2011. Le service désirait réviser ses pratiques car le taux de satisfaction des repas était insatisfaisant (soit 60%), les plateaux revenait intouchés (soit 25%) ce qui engendrait des perrtes alimentaires de plus de 89 000$.   Ce projet en était donc un de réingénierie et avait comme vision:

  • Favoriser l’humanisation de nos services  

  • Augmenter le taux de satisfaction

  • Faciliter la réalimentation des clientèles

  • Assurer une efficience optimale (humaine, ergonomique et financière)

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D’un mode de service traditionnel en liaison chaude à des heures fixes, nous sommes passés à la préparation de mets juste-à-temps ainsi qu’à la livraison des plateaux à l’heure convenue par les patients. Ces derniers retrouvent le contrôle de leur alimentation en choisissant ce qu’ils désirent manger au  moment qui leur conviennent. Il est à noter que ce changement de culture ne s’est pas fait sans passer par l’acceptation de  l’ensemble des comités décideurs de l’organisation et surtout la possibilité de s’adjoindre de partenaires en provenance de toutes les directions.  Une multitude de dossiers furent dès lors travaillés simultanément dont  voici quelques exemples : Réalisation des plans architecturaux et rénovation de la cuisine, revue des processus, création du menu, élaboration du mode de fonctionnement, développement du logiciel, la création d’une identité visuelle aux couleurs du CHUSJ, etc...
 

Qui peut commander un repas ? 

Tous les patients même ceux ayant des restrictions alimentaires complexes. Pour respecter les diverses restrictions alimentaires, cinq menus ont été créés : régulier, greffe, sans résidu, kasher et glycogénose/fructosémie. Chaque appel est traité par une technicienne en diététique. Actuellement nous implantons  l’offre du service de livraion des repas aux parents  et à l’ensemble des employés du CHUSJ.
 

Comment ça fonctionne? (fig.4) À partir d’un menu « à la carte »

(1), le patient passe sa commande à une technicienne par téléphone
(2), puis dans un délai approximatif de 45 minutes, un repas fraîchement cuisiné
(3) est livré à sa chambre
(4). Les repas peuvent aussi être commandés d’avance à partir de l’hôpital ou de la maison par le patient, ses parents ou par l’équipe soignante. Tout a été pensé pour offrir un service flexible et adapté aux besoins de notre clientèle. Que ce soit une assiette de pâtes pour une mère qui vient d’accoucher ou un bol de céréales comme collation pour un tout-petit juste avant son dodo!

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Culture organisationnel : Mettre le patient au centre de nos préoccupations!

Découlant directement du plan stratégique  2011-2014 établi par la direction du CHUSJ, le service aux chambres s’est avéré un projet d’envergure nécessitant une analyse des processus clés dans la gestion de projet. Ce projet est en lien avec les éléments "qualité et sécurité" et "modernisation" de la planification stratégique, tant pour la nourriture servie à la clientèle que pour l’environnement de travail, en plus de s’inscrire dans la culture de l’établissement (découverte, innovation, responsabilisation). Tout compte fait, le service aux chambres est un mode de distribution centré sur le patient et qui place ce dernier au cœur du processus.
 

Le grand jour!

L’inauguration fût le 19 janvier 2016.  Depuis ce jour, tous les patients hospitalisés (à l’exception de la clientèle en psychiatrie et celle des troubles de la conduite alimentaire) ont la possibilité de choisir leurs repas et collations à l’heure désirée entre 6 h 30 et 19 h et surtout de manger ce qui leur plait.
 

En ce qui a trait aux indicateurs de performance que nous avons  réalisé ceux-ci parlent d’eux même :

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Sommes nous fières de ces résultats?  Certainement!

L’équipe derrière « Délipapilles service aux chambres »

Toute l’équipe des services alimentaires (cuisiniers, préposés au service alimentaire, techniciennes en diététique, assistantes chefs tecnicennes, etc.) s’est mobilisée afin d’offrir à nos patients ce service novateur et personnalisé qui, indéniablement, fait des heureux!  Nous tenons à souligner que ce succès a aussi été rendu possible grâce à la participation des équipes soignantes dans la présentation de ce service aux clientèles.  Ils sont nos porte-paroles et nous les remercions.


Plusieurs autres innovateurs de Nourrir la santé ont aussi mis en œuvre des modèles de service à la chambre dans leur établissement, avec des résultats similaires en ce qui a trait à la satisfaction des patients et la réduction du gaspillage alimentaire. Des exemples :

Bernice Wolfe, directrice des services alimentaires et commerciaux au Children’s Hospital of Eastern Ontario, réalisait déjà des modèles pilotes de service à la chambre en 2003. « Dans le meilleur des cas, on a déjà du mal à convaincre les enfants de manger santé. Les jeunes qui subissent certains traitements mangent souvent à des heures irrégulières et perdent l’appétit. Si on répond vite à leurs besoins, les chances sont meilleures qu’ils mangent bien, ce qui contribue à leur rétablissement. » La famille peut commander n’importe quel plat du menu pour son enfant entre 8 h et 19 h, et la livraison se fait en 20 minutes. Les patients ont présentement un taux de satisfaction de 98 %.

Les innovatrices de Nourrir la santé Tina Strickland et Brenda Macdonald travaillent à réaliser un service à la chambre dans le plus gros hôpital de la Nouvelle-Écosse, le Halifax Infirmary. Dial for Dining, un modèle de service à la chambre offert 24 heures/jour a été lancé en 2008 à l’IWK Health Centre de Halifax, en Nouvelle-Écosse, et peu après sur plusieurs sites de la Nova Scotia Health Authority dans toute la province. L’application de Dial for Dining à l’IWK a fait grimper le taux de satisfaction des patients à 90 % et permis de réduire les restes de 92 %. (Voir une vidéo sur le projet) D’autres sites de la province ont obtenu des résultats similaires avec un modèle de service à la chambre. Les visiteurs et le personnel peuvent aussi commander un repas et profiter de cette option. 

Marianne Katusin, gestionnaire des services alimentaires d’Oakville Trafalger Memorial Hospital, en Ontario, a amorcé le modèle de livraison de repas à la chambre Call to Order pour l’unité de soins mère-enfant et l’unité de médecine/chirurgie en 2011. En plus d’augmenter le taux de satisfaction des patients (qui est passé de 78 % à 96 %), on a fait des économies par l’élimination des plateaux de remplacement et la réduction du gaspillage alimentaire dans une proportion de 7 % du coût brut des aliments, qui représente environ 900 000 $ par année.

Les modèles de service à la chambre sont une innovation emballante vers des services alimentaires plus axés sur le patient. Ils ouvrent la porte à un dialogue plus profond sur la façon de mieux nourrir les patients à l’hôpital, et cela exerce un plus vaste impact sur le plan social, économique et environnemental, ainsi que sur la santé.

Nourrir la santé – Bulletin de juin | Approvisionnement alimentaire dans les soins de santé – au-delà du local, parler du caractère durable

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Créer de la valeur par des chaînes alimentaires locales et durables

Introduction au numéro de l’été 2017 du bulletin de Nourrir la santé, par l’équipe de Nourrir la santé et Wendy Smith, contractuelle experte, MEALsource et conseillère de Nourrir la santé

Nous avons fait des progrès étonnants pour favoriser l’essor des aliments locaux au Canada. Il y a cinq ans , on ne pouvait même pas imaginer que l’achat local fasse partie des priorités des établissements de santé. Aujourd’hui, l’alimentation locale s’installe dans la culture alimentaire des institutions et un nombre croissant d’hôpitaux demande aux distributeurs des aliments locaux produits de manière durable. S’il faut se réjouir de ces succès, il est également temps pour nous de miser sur la passion grandissante pour les aliments locaux afin de lancer un débat plus large sur la responsabilité du domaine de la santé d’appuyer un système alimentaire florissant et durable qui génère la santé. Avec Nourrir la santé, nous voulons explorer cette question plus en profondeur : quelle est la valeur ajoutée de l’achat local et durable dans le domaine des soins de santé?

Il faut d’abord explorer le concept d’achat fondé sur la valeur ajoutée. On considère présentement que le meilleur rapport qualité/prix consiste à obtenir la meilleure qualité au prix le plus bas. Quand les fournisseurs s’efforcent d’offrir le prix le plus bas, cela les incite à réduire le plus possible leurs coûts de fonctionnement afin d’offrir des prix concurrentiels en réponse aux appels d’offres (AO).

Après six mois d’activité, Nourrir la santé a constaté le besoin d’élaborer un cadre d’approvisionnement durable, avec un ensemble de mesures d’évaluation qui aiderait les établissements à mesurer les avantages sur le plan communautaire, social, économique et environnemental. Il faut pour cela approfondir le concept d’aliment local afin de voir les valeurs qui le sous-tendent. Par exemple, pourquoi ne pas définir des normes minimales pour les contrats afin que les acheteurs puissent évaluer les propositions en fonction de mesures comme l’empreinte carbone, la biodiversité, la création d’emplois locaux, la réduction des déchets alimentaires et d’emballage, et le respect des besoins culturels de la collectivité desservie par l’hôpital?

Ce numéro de l’été 2017 du bulletin de Nourrir la santé raconte l’histoire d’innovateurs de Nourrir la santé qui explorent et qui élargissent le concept de meilleur rapport qualité/prix dans leur travail partout au Canada. Dan Munshaw décrit les avantages pour l’environnement et la collectivité de l’approvisionnement stratégique de la Ville de Thunder Bay; il explique comment il modélise des approches pour les établissements publics de se réapproprier leurs chaînes d’approvisionnement en exigeant des aliments locaux. Nos quatre innovatrices du Québec, Anne Gignac, Claire Potvin, Josée Lavoie et Annie Marquez, en collaboration avec Carole Saint-Pierre, conseillère de Nourrir la santé, racontent comment des établissements de soins de santé du Québec sont en train de définir le caractère durable dans l’approvisionnement alimentaire.

Redéfinir les paramètres d’évaluation dans les AO n’est qu’un des leviers tangibles qui s’offrent aux établissements pour mieux gérer le rapport qualité/prix. Pour nous, il s’agit de saisir les occasions de créer des conditions propices à ce que les chaînes d’approvisionnement créent de meilleurs produits pour les établissements de santé et pour la planète. Cela peut se traduire par des choix qui tiennent compte de l’importance de la viabilité pour la planète et les parties prenantes en santé. Acheter de producteurs diversifiés qui adoptent des pratiques durables, c’est reconnaître que l’agriculture industrielle à vaste échelle, axée sur la monoculture, menace la résilience à long terme des systèmes alimentaires. Il faut étendre l’horizon temporel dans lequel les établissements de santé considèrent l’approvisionnement alimentaire durable afin de protéger le système alimentaire de demain.

D’autres innovateurs de Nourrir la santé trouvent de nouveaux moyens d’élargir la constellation de valeurs en matière d’alimentation et de santé. Dans l’archipel Haida Gwaii, sur la côte nord-ouest de la Colombie-Britannique, on trouve partout des aliments locaux en abondance, mais la première source d’approvisionnement des hôpitaux est ce qui arrive par palettes du continent. L’innovatrice Shelly Crack et sa collègue Jenny Cross, détentrice du savoir traditionnel haida, explorent les possibilités de travailler avec des cueilleurs-récolteurs traditionnels pour servir plus d’aliments nourrissants et respectueux de la culture aux patients des deux hôpitaux de l’Île. En Ontario, Travis Durham s’est associé à un apiculteur local pour installer des ruches au centre de soins de longue durée où il est gestionnaire en alimentation et nutrition. Son travail combine une expérience positive pour les résidents et pour la préservation des pollinisateurs, un élément clé des systèmes alimentaires durables.

Dans ce numéro, les innovateurs de Nourrir la santé et ceux qui contribuent au programme partagent leurs expériences, leurs réussites et leurs échecs afin d’illustrer ce qu’il est possible de faire si on abandonne un système extractif où le prix le plus bas est le paramètre suprême. L’objectif n’est pas de rendre ces projets dépendants d’un innovateur ou d’un champion; nous voulons plutôt créer collectivement de nouveaux outils et de nouvelles pratiques qui seront adoptés sur le terrain. Nous entrevoyons un avenir où la mission et les valeurs d’une alimentation durable au service de la santé seront enchâssées dans la culture et les politiques organisationnelles des soins de santé partout au Canada.

C’est excitant de travailler dans le domaine de l’approvisionnement et des services alimentaires : en influant sur les pratiques internes, les établissements de santé peuvent avoir un impact positif sur les pratiques à l’extérieur de leurs murs. Le pouvoir d’achat du secteur des soins de santé exerce un impact réel et c’est avec enthousiasme que nous explorons les moyens d’ajouter de la valeur plutôt que d’en retirer, pour l’avenir de l’alimentation dans les soins de santé.